Cabinet d'Avocats Houda";

Le Sénégal a récemment été retiré de la liste grise du Groupe d’Action Financière (GAFI), une organisation internationale chargée de surveiller les mécanismes de blanchiment d’argent, de financement du terrorisme et de prolifération des armes de destruction massive. Placé sous surveillance renforcée en 2021, le Sénégal figurait parmi les pays présentant des carences stratégiques dans ces domaines. Ce retrait marque une étape significative dans les efforts du pays pour renforcer son cadre législatif et institutionnel conformément aux normes internationales.

Un engagement national renforcé

Depuis son inscription sur la liste grise, le Sénégal a collaboré étroitement avec le GAFI pour mettre en œuvre des réformes stratégiques. Parmi les mesures clés figurent la création et la réforme de la Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières (CENTIF), initialement établie par le Décret n°2004-1150 et réorganisée par le Décret n°2019-1498, qui a précisé et renforcé ses missions.


En février 2024, l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive (« Loi BCL/FT/PADM ») a marqué une avancée majeure. Cette législation introduit plusieurs innovations, notamment :

  • Un dispositif régional d’évaluation des risques, élaboré en coordination avec les réseaux des CENTIF des États membres de l’UEMOA.
  • Un mécanisme inclusif de réalisation et de diffusion de l’évaluation nationale des risques, visant à renforcer la transparence et la coopération technique au niveau régional.

Ces initiatives traduisent la volonté du Sénégal d’adopter une approche proactive et intégrée pour se conformer aux standards internationaux et régionaux.

Une dynamique régionale essentielle

Bien que le Sénégal ait accompli des progrès notables, la situation reste contrastée au sein de l’UEMOA du fait que certains Etats membres sont placés sur la liste grise, soulignant les défis auxquels font face ces États membres pour harmoniser leurs cadres juridiques et institutionnels. Cela révèle l’importance d’une coopération régionale renforcée dans un espace économique intégré où la liberté de circulation des capitaux constitue un objectif clé.

Pour renforcer la sécurité financière collective, des efforts concertés doivent être déployés afin de combler les lacunes législatives persistantes. La coordination au sein de l’UEMOA, notamment par le biais de dispositifs comme le réseau des CENTIF, est cruciale pour établir des politiques financières solides et harmonisées.

Opportunités et défis

Le retrait du Sénégal de la liste grise du GAFI marque un jalon important dans le renforcement de son système de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Ce succès envoie un signal positif aux investisseurs et partenaires économiques, consolidant la réputation du Sénégal comme une destination financière fiable.

Cependant, l’intégration économique régionale impose au pays de poursuivre ses efforts en coopération avec les autres membres de l’UEMOA pour combler les lacunes législatives et institutionnelles restantes. La réussite de cet objectif passe par une approche harmonisée et des politiques financières alignées, à la fois au niveau national et communautaire. Le défi est donc de maintenir cet élan tout en participant activement à la construction d’un cadre régional cohérent et efficace, essentiel pour garantir une stabilité financière durable et promouvoir la croissance économique de l’ensemble de la région.